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Copel - Cobes

Collectif des praticiens de la parole - Collectief voor het Behoud van het Spreken
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J’étouffe

Phénicia Leroy

J’ai signé la pétition lancée par le COPEL-COBES contre la bureaucratisation en santé mentale adressée à Madame la Ministre de la Santé Maggie De Block.

J’ai signé parce que la loi qu’elle impose vise l’étouffement généralisé.

Etouffer : « Faire mourir quelqu’un, un animal en l’empêchant de respirer, l’asphyxier »[1].

La logique de cette loi est de cet ordre : étouffer la parole des patients. Etouffer le choix éthique des praticiens. Etouffer la dimension subjective.

L’un ou l’autre professeur à l’université m’avait prévenue et je le constate dans ma pratique institutionnelle qui a commencé il y a bientôt quatre ans : travailler dans le champ de la santé mentale s’accompagne d’un engagement, celui qui consiste à ne pas croire en un savoir a priori et à s’élever contre un programme « thérapeutique » valable pour tous, parce que les informations nous viennent de ce que le patient dit de ses difficultés et relève de ce qui résiste aux attentes du bon fonctionnement. Accompagner des personnes qui ont décidé de parler de ce qui les tracasse, de ce qui se répète malgré eux, des paradoxes de leur existence ne peut s’envisager sans tenir compte de leur dimension subjective.

Dès lors, il y a à préserver le trésor que représentent la parole et la manière dont elle s’articule pour chacun. Et il y a à garantir que cette parole singulière puisse se déployer pour chaque patient auprès du praticien de son choix avec qui un lien est possible. Ce lien ne s’impose pas, ne se calcule pas. Il faut du temps, voire des rencontres avec des personnes différentes, pour qu’un travail soit possible.

La parole et l’écoute, la singularité du patient, la position du praticien, la relation entre celui-ci et son patient sont des dimensions précieuses parce qu’elles permettent de dégager des pistes de travail. Elles forment le nerf, le vecteur du soin.

La loi de Maggie De Block cherche à asphyxier ces dimensions. Avec cette loi, la question principale devient « Que faire de ce patient ? » plutôt que « Qui est-il ? » avec une réponse à deux entrées : guérison rapide possible ou psychiatrie ?

Cette loi est cauchemardesque. Elle nous fait suffoquer. Exigeons son retrait complet.

Phénicia Leroy est psychologue. Elle travaille au Service d’accueil spécialisé pour jeunes (SAS’J) Les Glycines et au Service d’Aide à l’Intégration (SAI) Cerf-Volant à Braine-L’Alleud ainsi qu’à La Soucoupe à Bruxelles.

[1] http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/%C3%A9touffer/31515#q8YoY11CRSItgCP7.99