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Collectif des praticiens de la parole - Collectief voor het Behoud van het Spreken
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Je refuse ! Réactions sur les « pistes pour l’organisation des soins psychologiques » proposées par le Centre fédéral d’expertise des soins de santé

Justine Junius

Travaillant dans un SSM à Bruxelles, en tant que psychologue clinicienne orientée par ma formation analytique continue, je décide de vous écrire pour témoigner de mon travail quotidien dans une équipe pluridisciplinaire, où contrairement à ce que vous laissez entendre aux politiciens : à savoir que nous ne parvenons pas à accueillir nos patients, à prendre le temps de les écouter, à analyser leur demande, à accueillir les crises... nous ne faisons que ça ! Et surtout avec une éthique rigoureuse et un professionnalisme lié à la responsabilité qu’engage ce type de travail.

Sachez qu’au SSM dans lequel je travaille, nous recevons le patient sans lui constituer un dossier électronique, sans lui faire passer de bilan fonctionnel pour qu’il puisse poursuivre son suivi, sans limiter les séances à un nombre standard, sans prétendre être capable de diviser les maladies mentales dites « légères » ou dites « plus sérieuses » en une première ligne et une seconde ligne, faisant de surcroît, fi du transfert que le patient peut avoir envers son thérapeute... Qui peut croire à ce que vous proposez ?

Lorsqu’il arrive qu’au sein de notre centre, un professionnel ne puisse pas recevoir de nouveaux patients, car il manque certes parfois des places, nous prenons cependant le temps de les orienter vers un autre professionnel qui soit abordable financièrement et d’autre part, nous prenons le temps de nous informer au préalable que ce professionnel ou centre a encore de la place. Chaque demande est traitée, en équipe, une fois par semaine et dans les jours qui suivent, nous rappelons la personne pour lui proposer un rendez-vous ou une réorientation adéquate.

Alors vous voulez tout détruire sur base notamment d’une étude faite sur la réalité des CGG en Flandre ? Pourtant vous écrivez vous-mêmes qu’il n’y a « pas de chiffres pour les Services de santé mentale »2. On ne travaille pas tous de la même façon ! Venez voir comment on travaille, dans la dentelle, à la mesure de la complexité du psychisme humain.

Je refuse qu’on me recommande des « bonnes pratiques » déconnectées de la réalité du terrain, qui véhiculent une idéologie déshumanisante, simpliste, dangereuse !

1. Dans KCE : Synthèse - modèle d’organisation et de financement des soins psychologiques,

https://kce.fgov.be/sites/default/files/page_documents/KCE_265Bs_Psychotherapy_synthese.pdf

2. Idem., Chapitre 2.2.4. : « Les listes sont longues ».

Texte diffusé une première fois peu avant le vote de la loi sur les professions des soins de santé mentale en juin 2016.

Justine Junius est psychologue clinicienne, elle travaille au Grès.