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Collectif des praticiens de la parole - Collectief voor het Behoud van het Spreken
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L’abolition du choix et ses dégâts

Judith Bzurovski

La lecture du rapport du KCE et de la proposition de nouveaux dispositifs d’accueil m’indigne.

Par accueil, j’entends une écoute attentive libre de tout jugement, centrée sur la demande du patient ou des patients. Le travail thérapeutique se construira en tenant compte de ces premières bases, constituant les fondements de la relation patient – psychothérapeute. Une liberté d’être et de choix va de soi.

Avec le rapport du KCE, la personne en souffrance se verra imposer un protocole auquel elle devra se soumettre pour bénéficier de quelques soins, soigneusement évalués et soumis à un tableau généralisé.

Je crains que le modèle proposant une première ligne ne tenant pas compte de la demande spécifique du patient ne le coupe de son élan de commencer une thérapie.

Guy Ausloos nous rappelle : « Faire la thérapie n’est pas résoudre des problèmes ou corriger des erreurs, mais se plonger dans les mystères des familles et de la rencontre ».

Françoise Dolto disait : « L’enfant est une personne à part entière » . Aujourd’hui, dans le contexte du KCE, la personne n’existe plus, remplacée par un bataillon de symptômes à éliminer.

Qu’en est il de la formation à la psychothérapie ?

Depuis de nombreuses années, des écoles, instituts, associations et centres de formation d’obédiences diverses assurent des programmes de formation à la psychothérapie. Ces organismes ont dû occuper la place vacante laissée à l’époque par les universités qui ne s’intéressaient pas à la matière.

En prenant leur mission à cœur, ces lieux de formation ont réussi à développer des programmes de haute qualité, alliant la rigueur théorique à la souplesse pratique, en favorisant un mouvement constant et fluide entre les deux.

La mise en place d’un travail psychothérapeutique personnel ainsi que la participation active dans les dispositifs de supervision et d’intervision soulignent les exigences sur les plans humain et professionnel auxquels les candidats thérapeutes doivent se confronter pour devenir thérapeutes. Selon Siegi Hirsch, « les études ne donnent qu’une culture générale. Le travail de thérapeute s’apprend par la curiosité, l’expérience professionnelle, les confrontations à ses propres angoisses et à ses propres blocages » ainsi que par la découverte de ses propres ressources.

Un travail sur soi est indispensable avant d’accompagner les autres.

Dans la nouvelle loi, ces lieux de formation qui ont formé des psychothérapeutes chevronnés ne sont plus reconnus au profit exclusif de l’enseignement universitaire et des Hautes Écoles. Uniformiser la formation de la psychothérapie à la seule approche théorico-scientifique universitaire constituerait une perte de la diversité des connaissances de chaque école et un appauvrissement dommageable pour l’avenir de la psychothérapie et de futurs thérapeutes.

La singularité inhérente à chaque psychothérapeute de part son trajet particulier, ses diverses formations va se perdre au profit d’une seule formation commune indifférenciée, et par isomorphisme la singularité du patient en sera bafouée.

Aux grandes autoroutes inhumaines je préfère les petits chemins…

Judith Bzurovski est psychologue au Centre Médico-Psychologique du Service Social Juif à Bruxelles.

Texte présenté́ lors du Meeting du 21 octobre 2016, sous le titre La loi sur les professions des soins de santé mentale : Enjeux et dangers.