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Collectif des praticiens de la parole - Collectief voor het Behoud van het Spreken
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La commercialisation de la santé mentale

Dewi Dynoodt



Afin de créer un environnement agréable à vivre et à habiter, la ville d’Anvers collabore étroitement avec plusieurs organisations comme partenaires dans le secteur social. La ville donne pour cela des subsides à de multiples projets, subsides qui vont de pair avec des convenants, c’est-à-dire des accords et des clausules qui stipulent certains objectifs. Dans l’accord de gouvernance de 2013-2018 a été décidé de réviser le financement de certains projets. Cette décision trouve son origine dans le questionnement sur certains de ces accords de coopération : sont-ils toujours indiqués afin de répondre aux besoins, urgences et missions actuels ? Sur base de quelques critères de sélection on essaie de s’adresser à un champ d’action élargi afin de trouver le meilleur candidat pour un projet. Moyennant la concurrence entre les organisations, la ville essaie par la commercialisation du secteur social – aussi appelé le ‘tendering’ – de stimuler les organisations pour qu’elles optimalisent leur fonctionnement au maximum.

Quels sont les effets de cette commercialisation du secteur social ?

Le ‘tendering’ donne aux entreprises l’occasion d’organiser le soin dans le secteur social. Un exemple bien connu est le ‘tendering’ du centre de sans-abris ‘De Vaart’. Il semblait au premier abord que G4S, la multinationale de la surveillance, était le meilleur candidat pour prendre en charge ce projet. G4S est une entreprise pour qui la rentabilité financière prime et qui ne recule pas pour faire du profit avec des fonds publics. Par l’intervention des parties de l’opposition et des organisations de la société civile on a pu constater que G4S n’était pas transparente sur sa coopération avec ces services spécialisés, ce qui a mis fin à l’accord de coopération.

Régulièrement, pour laisser des services rivaliser entre eux, des projets sont remis sur le marché. Ceci a des conséquences sur la coopération et sur la possibilité de réorientation entre les différents services et crée aussi des tensions et une fragmentation dans le secteur de la santé mentale. On ne peut plus garantir la continuité du traitement parce qu’on ne sait plus si un projet restera ou non dans la même organisation. Expérience, compétence et transfert se perdent ; des organisations sont contraintes à économiser. A cause de l’arbitraire dans la gouvernance de la ville, les intervenants sont confrontés avec l’incertitude de leur emploi. Ainsi, en mars 2017, la ville a été obligée de retirer les moyens pour un projet à cause d’un vice de procédure. Des subsides assignés à douze projets ont temporairement été frappés de nullité. Ceci s’est produit quelques semaines avant la prolongation des contrats de travail avec les collaborateurs des projets. La ville ne pouvait rien préciser quant à la poursuite du financement de ces projets. Pendant ces semaines les organisations ne pouvaient pas assurer l’emploi du personnel concerné.

Le climat actuel de concurrence et d’évaluation que crée la ville d’Anvers dans la santé mentale mène à une ambiance de rivalité et de précarité. C’est dans cette tendance sociétale que la loi De Block risque de triompher. Les intérêts économiques ont une influence croissante sur le secteur de la santé mentale. Ce qui prime c’est la quantité. Les chiffres deviennent l’indicateur de l’efficacité d’un service. Les traitements doivent être brefs pour qu’on puisse traiter le plus grand nombre de personnes. Ceux qui ont besoin d’un traitement de longue durée passent à travers les mailles du filet. L’espace où la parole et le transfert peuvent porter leurs fruits est drastiquement restreint.