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Collectif des praticiens de la parole - Collectief voor het Behoud van het Spreken
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La vérité complexe

Vincent Demulder

« La vérité d’un homme est bien plus complexe » : c’était la conclusion d’un journaliste du JT ce 16 octobre 2016 suite à l’interview de Corneille pour la parution de son livre relatif à la perte de son père et au génocide Rwandais. Corneille parle de sa capacité de résilience et de l’importance de témoigner.

Me voilà plongé en un instant au cœur même de la réalité de mon travail d’assistant social en SSM et d’accompagnement des personnes âgées.

Comment, à travers la réalité psycho-sociale de ces personnes, les aider à traverser la crise du grand âge, la dépendance ou la maladie, avec dignité ? Comment une fois de plus faire appel à leurs ressources psychiques, à leur capacité de résilience, quand tout semble n’être que perte et renoncement ?

Par la mise en place d’aides, de services, de solutions pratiques, d’un administrateur de biens ou d’une entrée en maison de repos… ?

Ou bien par le retissage du lien et de la confiance, lien à soi, à l’autre, à sa vie ? Oser regarder dans le rétroviseur du temps pour voir le chemin déjà parcouru et envisager avec confiance ce remaniement profond de la crise du grand âge avant l’ultime traversée.

Ou encore, un doux mélange des deux…

Accompagner l’autre dans ce qui fait son énigme m’a conduit à complexifier avant de simplifier. Par la mise au travail de ma propre énigme, par la thérapie, la supervision et ma formation de thérapeute systémique.

Et voilà qu’aujourd’hui, tout ça ne nous est plus reconnu. Le travail thérapeutique est réservé aux psychologues, orthopédagogues et aux médecins. Me voilà privé de cette reconnaissance essentielle de mes outils, de mon expérience professionnelle et de vie. Un peu comme si, avant l’heure, je me retrouvais telle une personne âgée hors champ.

Pour couronner le tout, à la lecture du rapport du KCE, en vue de faciliter l’accès aux soins thérapeutiques, entre autre des personnes âgées, on préconise un suivi de première ligne, un bilan fonctionnel et un suivi en deuxième ligne.

Pour le français tapez 1 pour la première ligne tapez 2, pour un médecin tapez….

Et pour le transfert et la confiance, allez voir ailleurs….

Voilà ce que ça me dit et je me révolte. Je m’insurge au nom des personnes que j’accompagne au quotidien, qui me témoignent que sans ce précieux transfert, la confiance et l’engagement réciproque, rien ne se passe.

On fait du copier-coller, on apporte des solutions, on dessaisit l’autre de ses possibilités de rester le sujet de son histoire. Le bilan fonctionnel pointera avant tout les dysfonctionnements plutôt que les ressources.. La limitation et la codification des champs du possible rendront le travail et l’accès au changement impossible.

Il est important de témoigner de cette réalité tant qu’il est encore temps.$

Vincent De Mulder est Assitant social au CMP du Service Social Juif.

Texte présenté́ lors du Meeting du 21 octobre 2016, sous le titre La loi sur les professions des soins de santé mentale : Enjeux et dangers.