Vos actions : Créer un document, voir la page générale.

Copel - Cobes

Collectif des praticiens de la parole - Collectief voor het Behoud van het Spreken
Home /

Le magma de la masse productive plutôt qu’une solidarité quelconque

Claire Piette


Je glane de part et d’autre les dernières déclarations de notre Ministre de la Santé- représentante d’un discours nourri par la haine même de ce qui constitue une personne qui parle en tant que chacun à une part irréductible qui ne peut entrer dans le « on » ou la « masse ». Son effort est de la faire y entrer

Ce qui me frappe dans ses propos c’est qu’elle part du postulat qu’elle sait ce qui est bien pour les gens. Pour les femmes enceintes, elle veut qu’elles puissent travailler plus longtemps : "On nous dit sur le terrain qu’on écarte même quand il n’y a aucun danger pour les travailleuses et leur bébé. Pendant tout ce temps, elles touchent l’assurance-maladie, et pas leurs revenus. D’un côté, cela coûte à la Sécu. De l’autre, elles gagnent moins et peuvent rater une promotion. Ce n’est pas positif pour elles"[1]. D’abord je me demande à qui elle se réfère en évoquant le « on » du terrain, sachant que ce qui lui est souvent reproché, c’est justement que les personnes les plus concernées ont été rarement consultées.

Par ailleurs, insidieusement, elle signifie que ces femmes abusent de l’assurance-maladie qu’elle enrobe par son « souci », non pas de santé pour ces dernières, mais bien de promotions ratées. Entendons là déjà aussi le chant de la sirène du « toujours plus » à produire. Bref à relire ce petit encas, notre Ministre se fait la porte-parole d’un discours bien en vogue qui demande toujours plus aux individus du côté de la rentabilité. D’ailleurs cela se confirme puisque « ce qui n’est pas positif » pour ces femmes, Maggie de Block le traitera non pas avec elles mais bien avec le patronat…

Concernant l’usage des anti-dépresseurs en augmentation auprès des jeunes, elle trouve cela positif : ce serait le signe qu’une « détection des problèmes psychiques »[2] se fait plus rapidement. Déjà la déduction nous laisse songeur et le vocable « détection » nous signale subrepticement sa volonté de traquer tout ce qui ne rentrerait pas dans la masse productive Elle évoque dans cet article « La volonté et les bonnes intentions sont donc clairement présentes » si on se rappelle la citation de Montaigne, cela devrait nous faire craindre les futurs proches « Il est ordinaire de voir les bonnes intentions, si elles sont conduites sans modération, pousser les hommes à des effets très vicieux. »[3].

Le vice est poussé à son extrême quand elle souligne : « Mais le suivi, après la détection, et au moins aussi important. C’est pourquoi nous devons continuer à travailler dans tous les domaines concernés à une meilleure connaissance des différentes options. »[4] alors qu’elle est en train de détricoter tout le réseau de la santé mentale au profit d’un contrôle généralisé.

Ces deux interventions sont frappantes par le fait qu’elle évoque toujours « la masse ciblée » comme un magma qui n’a pas de voix et qu’elle cherche à mieux contrôler. En filigranes d’ailleurs, les « agents », les patrons comme les prescripteurs, sont aussi sur la sellette. Il y a donc une volonté non pas de veiller sur le système de Santé bâti précédemment sur une solidarité mais bien d’étendre la suspicion de l’abus pour chacun d’entre nous.

[1] https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_maggie-de-block-les-femmes-enceintes-doivent-pouvoir-travailler-plus-longtemps?id=9772429

[2] http://www.7sur7.be/7s7/fr/1502/Belgique/article/detail/3318861/2017/11/28/Maggie-De-Block-veut-renforcer-les-soins-en-sante-mentale.dhtml

[3] [3] Montaigne, Essais, II, xix

[4] http://www.7sur7.be/7s7/fr/1502/Belgique/article/detail/3318861/2017/11/28/Maggie-De-Block-veut-renforcer-les-soins-en-sante-mentale.dhtml