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Collectif des praticiens de la parole - Collectief voor het Behoud van het Spreken
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Les psychiatres s’unissent aussi !

Sara De Vos

Ceux qui pensent que les psychiatres acceptent le nouveau modèle d’organisation de la santé mentale sans réfléchir se trompent. J’aimerais vous présenter AMoPSY.

Par analogie avec KLIpsy et APPELpsy, des psychiatres francophones ont pris l’initiative, au début de cette année, de mettre en place une association professionnelle pour les médecins qui valorisent la parole du patient. Cette association, dénommée Association Professionnelle des Médecins d’Orientation Psychodynamique, s’adresse à tous les médecins qui ont une affinité avec le champ de la santé mentale. Elle vise donc un public plus large que les seuls psychiatres. En font partie à ce jour non seulement des (pédo)psychiatres mais également des médecins généralistes et d’autres spécialistes qui s’opposent à la réduction de la parole du patient à un « bilan fonctionnel » ne s’inscrivant que dans la logique économique du gouvernement.

Même si la Ministre De Block n’a retenu qu’un candidat suppléant pour siéger au Conseil Fédéral des professions des soins de santé mentale, AMoPSY continuera à s’opposer au modèle managérial de l’organisation des soins psychologiques tel que décrit dans le rapport du KCE sur ce sujet [1].

A côté du fait que l’ensemble du rapport du KCE propose une organisation des soins de santé mentale où le patient est le grand perdant, il y a de quoi s’inquiéter du sort qui sera réservé au psychiatre. On lui assigne un rôle « d’expert de première ligne ». Ce rôle implique l’obligation de produire un rapport après un seul contact avec le patient au cours d’une « consultation pour avis ». Remarquez : une consultation par an sera le maximum autorisé et la consultation devra être effectuée prioritairement. Le psychiatre pourra aussi préparer un avis sans avoir vu le patient. Alors là, quel expert !

Le psychiatre pourra également, comme le psychologue, être amené à jouer le rôle de ‘gatekeeper’ consulté pour remettre un avis entre les soins de première ligne et les soins psychologiques spécialisés. Dans cette fonction, il sera chargé de mettre systématiquement en question la volonté ou non-volonté de guérir du patient, ainsi que la compétence du praticien de première ligne et la qualité de son travail.

Le psychiatre est donc poussé dans un rôle de gardien ou de manager de soins efficaces et rentables. Y aura-t-il encore une place pour le travail clinique, essentiel ?

Le ‘stepped care’ échelonné proposé dans le rapport du KCE aura également pour effet d’hypothéquer la liberté du patient dans le choix de son praticien. Le patient aura de moins en moins la possibilité de désigner quelqu’un comme son thérapeute sur la base d’un transfert.

Notons enfin que ces différents rapports tout comme le « bilan fonctionnel » devront faire partie du dossier électronique partagé, condition préalable pour obtenir le droit au remboursement. On peut s’inquiéter sérieusement de ce qu’il adviendra du secret médical. AMoPSY a demandé à l’Ordre des Médecins de prendre position sur cette question.

Pour qu’un sujet ait encore la possibilité d’une vraie rencontre avec un psychiatre, j’invite tous les médecins à rejoindre AMoPSY. Faites circuler l’information !

Première ‘journée d’automne’ le 1er décembre 2017 au Centre d’Action Laïque (C.A.L.) Campus de la Plaine, ULB CP. 236 (accès 2) 1050 Bruxelles
Plus d’information : http://www.amopsy.be/index.php

Sara De Vos
Psychiatre PTC Rustenburg, Brugge