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Collectif des praticiens de la parole - Collectief voor het Behoud van het Spreken
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Lettre ouverte à Maggie De Block de la part d’une « praticienne non-autonome »

Yvanne Stuer

C’est en tant que « praticienne non autonome » inscrite dans une formation continue que je vous interpelle.

Et d’ailleurs, de formation continue, parlons-en ! La mienne a commencé dès l’acquisition de mon diplôme « d’assistante en psychologie ». De ces trois années d’études, j’ai retenu qu’exercer en tant que clinicienne exige de ne jamais rien prendre pour acquis et de constamment remettre en question ce qui guide ma pratique. J’ai appris et retenu que s’occuper de personnes en souffrances demande, certes, des connaissances, un savoir-faire aussi, mais surtout et principalement un savoir-être, qui lui, ne s’acquiert nullement sur les bancs des Hautes Écoles ni des universités. Mon expérience professionnelle, grâce à laquelle mon savoir-faire et savoir-être ne cessent d’évoluer, ne fait que confirmer ce constat.

En dehors de mon travail, il m’importe de pouvoir consacrer du temps – un temps que j’estime devoir être conséquent pour faire preuve de rigueur dans ma profession – à lire des articles, participer à des conférences, suivre des séminaires qui portent sur mon champ de travail et me permettent d’interroger et de penser ma pratique avec d’autres, comme de la mettre à l’épreuve des avancées théoriques. Sans parler des séances de supervision qui sont pour moi tout à fait essentielles.

Oui, Madame la Ministre ! La supervision existait déjà bien avant que vous ne l’imposiez. A cette différence près, mais elle est fondamentale, qu’actuellement, je suis libre de choisir le superviseur de mon choix, à savoir une personne qui a suffisamment d’expérience et de sérieux que pour m’éclairer correctement dans mon travail. Qu’importe qu’elle ait un diplôme universitaire ou non. Elle est certainement bien mieux outillée, tant sur le plan du savoir que du savoir-être, que les jeunes psychologues auxquels vous destinez ce travail de supervision !

Vous l’aurez compris, je passe du temps à penser et construire ma pratique. Non pas par manque de diplômes mais par intérêt et professionnalisme, par désir et éthique.

De cette pratique, je retiens que produire une parole qui porte et rencontre le patient n’est pas une affaire de diplôme mais d’écoute. Une écoute guidée par la singularité de la rencontre.

Mais alors, dites-moi, Madame la Ministre, à moi qui aime apprendre, comment mesure-t-on cette singularité qui fait l’essence de notre travail ?

Madame la Ministre, vous prônez « des soins pour tous », vous vous targuez de rendre les patients acteurs de leur thérapie avec des termes tels que « pilote » ou « copilote ». Mais la vérité, Madame la Ministre, c’est que vous les endormez, vous les endormez à coup de remboursement et de Bonheur National Brut ! Avec votre nouveau système de soins de santé, les patients ne sont en rien pilotes. Que du contraire : ils sont tributaires de la décision d’un autre, autre médecin, imposant un savoir sur leur être, tout décisionnaire quant à la durée et les soins qu’ils méritent.

Leur subjectivité, leur singularité, Madame la Ministre, sont passées dans la moulinette des chiffres et des cases… Et hop ! 1ère ligne ou 2ème ligne ?

Je n’ai pas peur pour moi, Madame la Ministre, j’ai peur pour chacun qui se voit retirer la possibilité de choix, la possibilité de déployer une parole qui soit entendue à la mesure de ce qu’elle comporte d’unique, hors de tout rapport à l’idéal normatif.