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Copel - Cobes

Collectif des praticiens de la parole - Collectief voor het Behoud van het Spreken
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Maggie, écoute...

Valérie Loiseau

L’Institut de Santé publique a fait paraître en mars 2010 le rapport de l’enquête de santé qu’elle a réalisé grâce à des interviews auprès de la population belge en 2008. Il en ressort un nombre important de données concernant la consommation de médicaments dits psychotropes c’est-à-dire principalement les antidépresseurs, les tranquillisants, les somnifères.

Si l’on compare les différentes enquêtes, il ressort que la consommation de psychotropes augmente de façon vertigineuse depuis 1997. Cette année là, 7.5 % d’hommes et 13% de femmes avaient consommé des psychotropes dans les 15 jours précédant l’interview à laquelle ils ont participé dans le cadre de l’enquête. En 2008, le taux passe respectivement à 10.3% pour les hommes et 20.6% pour les femmes. Ces pourcentages, ce sont des millions de Belges en souffrance auxquels le médecin prescrit des psychotropes.

Il est totalement illusoire de penser faire baisser ces chiffres par une thérapie comportementale. Ces millions de gens dopés sont le fruit d’une médecine qui montre ses limites. Nous constatons clairement qu’il y a un problème en santé mentale, que les médecins sont dépourvus face au malêtre des patients. Vous confiez pourtant toute la responsabilité de la santé mentale aux seuls médecins et psychologues cliniciens qui n’ont pas la formation, ni clinique, ni théorique et encore moins personnelle, pour faire face au réel de leurs patients. Au lieu d’élargir les possibles, de chercher une solution ailleurs, de voir ce qui existe déjà, vous réduisez par votre réforme le champ d’action à ceux qui ne sont pas formés pour et qui ont démontré leurs limites. Car quelle formation reçoivent-ils, ces médecins et psychologues cliniciens ? Un médecin, même psychiatre, n’est pas psychothérapeute. Un psychologue, même clinicien, non plus. Un psychothérapeute doit avoir une solide formation générale, une ouverture sur le monde et au monde, une formation clinique encadrée par des séminaires dans une Ecole reconnue, exigeant un travail assidu, ainsi qu’une pratique clinique supervisée dans le cadre de cette Ecole... et surtout, une thérapie personnelle qui est la base de tout. Ni les médecins ni les psychologues cliniciens sortant de l’université ne disposent de cette formation, sauf s’ils l’ont mise en place en s’inscrivant dans un cursus supplémentaire, à côté de leur formation universitaire.

Non, on ne guérit pas d’un burn-out professionnel en 5 séances de thérapie remboursées par la sécu. Non, personne ne sort d’une dépression en dix séances. Non, l’homme n’est pas cet objet customizable que vous voulez faire croire. Vous non plus Maggie vous n’êtes pas un être customizable.

La thérapie par la parole, la parole sans entrave, et sans visée normative, mène à la responsabilité et au désir en acte. Peut-être est-ce de cette responsabilité et de ce désir que nos politiciens ne veulent pas ? Sans doute préfèrent-ils des sujets dociles, soignés aux antidépresseurs, croyant aveuglément à la consommation et au bonheur ?