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Collectif des praticiens de la parole - Collectief voor het Behoud van het Spreken
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Maggie, la régente

Brigitte Baleine

Compte-rendu de la conférence de MDB à Jurbise

Le 14 novembre, dans un climat houleux, Maggie De Block venait défendre les défis qu’elle souhaite relever en matière de soins de santé. Je vous en livre une lecture.

La démonstration de Maggie :

97 milliards en 2017 pour la protection sociale, soit un tiers des dépenses du pays. 2016, le secteur doit sortir un milliard de plus que l’année précédente pour assurer les pensions. En 2017, ce sera 800 millions de plus. 2016, c’est un million de malades chroniques en Belgique, avec les avantages et besoins spécifiques qui en découlent, chiffre qui ne cesse de croître. 2016, c’est 600 millions de plus pour les soins de santé ; un demi-milliard en 2017. 2015, ce sont 32 hôpitaux sur 91 qui clôturent leurs budgets dans le rouge, et compensent leurs pertes par des excès de prestations en radiologie et des suppléments d’honoraires.

Où aller chercher ce budget, à une époque où le nombre d’actifs diminue et celui des passifs augmente, lorsque la médecine, de plus en plus personnalisée, coûte plus cher, et enfin lorsque le coût de la médication augmente ? Bref, le secteur des soins de santé est le seul budget qui augmente. Il faut que ça change ! Et pour cela, Maggie s’inspire de modèles compétitifs et forts qu’elle va chercher dans des pays voisins. Elle invoque régulièrement le modèle de « l’evidence based » qui renvoie à deux impératifs : l’expertise scientifique et la rationalisation.

Enfin, serait-ce pour se donner bonne conscience, Maggie met en avant des avancées qui concernent des maladies plus spécifiques.

Ah, Maggie, êtes-vous économiste ou ministre ? Voici un listing non exhaustif des termes qui sont régulièrement revenus dans votre bouche : économie, pacte, campagne, modèle économique, modèle compétitif, coût, financement, investissement, contrôle, « evidence based », le tout étayé de chiffres. Ah, Maggie, de quoi êtes-vous la garante, de l’équilibre budgétaire ou de la santé ?

Clairement, nous avons là affaire à une femme de pouvoir qui applique une politique gestionnaire d’austérité, et dont l’objet est le chiffre. Et l’humain, dans l’affaire, est désormais réduit à un coût. Malgré cela, elle prétend à plusieurs reprises se battre pour une plus grande qualité des soins de santé.

Pour alimenter sa politique, deux arguments se dessinent : une chasse aux sorcières d’une part (elle souhaite éliminer les abus de certains praticiens et mauvais usages des patients), une pensée pour les générations futures d’autre part.

Au bout du compte, les propositions sur la table bousculent le bien-être dans le secteur des soins de santé : pour ceux qui travaillent, il s’agit tantôt de faire plus avec moins, tantôt d’annuler la pénibilité qui leur était reconnue (« le système est trop généreux »), tantôt de se réorganiser en réseaux ; pour ceux qui sont en incapacité, il s’agit de vite les remettre sur les chemins du travail ; il faut les sortir du régime des indemnités, économie oblige d’une part, demande des patients d’autre part. Selon son armée d’experts, 80 % des malades de longue durée souhaitent retrouver le chemin du travail. Et à cette fin, un pacte (encore un ; elle aime ce mot !) est à conclure, pacte dans lequel on tourne le dos à l’incapacité, pour faire place aux « capacités restantes ».

Lors du débat, tantôt pauvre, tantôt aux allures de ring de boxe (notamment lorsque notre ministre invitait une infirmière souffrant de triple hernie discale à s’asseoir pour épargner son dos… entendez à se taire), Maggie s’est dite ouverte à la concertation, et aux alternatives acceptables… Mais qui essaie-t-elle de persuader ? Nous l’avons vu avec sa loi sur les pratiques de la parole, elle ne négocie pas avec l’Autre. Du haut de son « evidence based », elle croit détenir la vérité. Concertation et écoute ne font pas bon ménage avec cette position. Le maître impose, et la terminologie s’en est aujourd’hui ressentie : Maggie interdit, et conclut des pactes. Maggie régente ! Maggie nous fait décidé-ment une démonstration convaincante : la démocratie n’est qu’un semblant, bafoué en force.

Brigitte Baleine est criminologue, clinicienne au Centre Médical Enaden qui accueille toute personne ayant des problèmes liés à des consommations de drogues et d’alcool.