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Collectif des praticiens de la parole - Collectief voor het Behoud van het Spreken
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Malaise

Philippe Bouillot

L’ancien conseiller de Bill Clinton, l’économiste Robert Reich avait annoncé une réorganisation complète du monde du travail et la disparition des « anciens métiers ». Ne survivraient que trois « types » de métier qui brièvement peuvent se distinguer ainsi : les inventeurs (très rares) de systèmes symboliques complexes, les décodeurs de systèmes symboliques complexes (les juristes par exemple) qui après une longue formation pourraient aider les quidams à s’y retrouver dans ces systèmes devenus trop complexes pour le commun des mortels et enfin ceux qui, très nombreux, s’occuperont de l’aide aux personnes et qui par leurs fonctions mêmes ne pourraient pas être délocalisés, leur présence physique étant irremplaçables auprès de ceux qu’ils sont amenés à aider.

Le lundi 5 décembre 2016, à la Ligue bruxelloise francophone de santé mentale, comme pour donner raison à Robert Reich, se sont retrouvés des représentants du deuxième et du troisième type : des décodeurs se proposaient de répondre aux questions d’un certain nombre de représentant de travailleurs impliqués dans une présence physique au chevet d’autres humains qu’ils écoutent parfois depuis de très longue années.

Il est apparu assez vite que le problème n’était pas la complexité de la loi.

Le problème et disons-le, le malaise qui planait, tenait au fait que les décodeurs sachant décoder ne pouvait pas tenir leur rôle d’intermédiaire entre la complexité du système symbolique et les citoyens pour la raison vite évidente que malgré toute leurs compétences, les juristes ne pouvaient pas répondre aux questions les plus simples mais aussi les plus angoissantes pour toute une profession du fait même des imprécisions et des incohérences du texte de loi déjà en vigueur.

La seule réponse certaine et formulée en toute rigueur par les juristes qui avaient étudié le texte était double et totalement kafkaïenne : oui, en toute logique, si les services de santé mentale dans lesquels vous travaillez ne répondent pas aux exigences requises, il serait prudent de suspendre les activités et en même temps, il n’y a pas moyen de déduire du texte de loi quelles sont ces exigences.

Immédiatement, des témoignages précis surgirent qui disaient la situation impossible dans laquelle se retrouvaient des institutions entières et des travailleurs qui en plus de ne pas savoir exactement que faire, n’avaient pas même disposé du temps nécessaire pour se « mettre aux normes nouvelles ».

C’est pour vous dire l’ambiance !

Philippe Bouillot est psychologue clinicien.