Vos actions : Créer un document, voir la page générale.

Copel - Cobes

Collectif des praticiens de la parole - Collectief voor het Behoud van het Spreken
Home /

Pour un retrait complet de la loi De Block (Pourquoi je signe la pétition du Copel-Cobes)

Dr Joëlle Hallet

Je signe parce que :

· Dès le début de ma pratique de médecin en planning familial, j’ai été amenée à m’intéresser aux lois et à m’opposer parfois à celles-ci quand elles allaient à l’encontre de la liberté de choix de ceux et celles qui me consultaient. Oui, j’ai pratiqué alors des IVG illégales[2], m’associant ainsi avec le docteur Willy Peers qui déclarait, en 1973, à sa sortie de prison : « Je sais ce que j’ai fait, et je sais pourquoi je l’ai fait. Je suis médecin et je l’ai fait dans un but de santé publique. » Oui, j’ai fourni aussi alors des contraceptifs oraux à de jeunes adolescentes qui ne pouvaient être entendues par leur famille. Oui, j’ai aussi reçu alors en consultations des hommes et des femmes s’apprêtant à mettre un enfant au monde dans des circonstances parfois heureuses parfois délicates. Oui, il a bien souvent fallu plus que cinq séances pour simplement accueillir la parole restée en souffrance dans les aléas de la vie de ceux qui se confiaient à moi, et leur permettre de construire ou retrouver un chemin désirant.

· J’ai pu, à partir des difficultés que je rencontrais dans ce chemin de vie ardu, trouver en la psychanalyse un lieu où faire entendre mes questions et élaborer mes réponses.

· J’ai ensuite décidé de devenir psychiatre (pour adultes et enfants), puis psychanalyste ; de recevoir par conséquent les adultes, les enfants et leur famille (longue cure personnelle, longues années de formation, nombreuses séances de supervision : sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier pour que chacun, qu’il soit accueilli en institution ou en pratique privée, dispose d’un espace de parole invitant à modifier les théories plutôt qu’à s’y conformer).

· Tous les adultes qui m’ont consultée en privé (je dis bien « tous ») ont trouvé ou retrouvé le chemin d’un travail possible (pas en cinq séances).

· Je constate :

o Que nombre d’adultes souffrent de plus en plus de leurs conditions de travail : qu’il s’agisse du burn-out ou du bore-out, tous craignent d’être exclus.

o Que nombre d’enfants arrivent désormais de plus en plus nombreux à l’orée de l’adolescence avec des symptômes graves, dont des idées suicidaires, après plusieurs one shot de quelques séances brèves.

o Que nombre d’adolescents posent des problèmes existentiels cruciaux.

· La politique de santé que prône Maggie De Block consiste à menacer : ou tu « guéris » en quelques séances, ou tu relèveras de la psychiatrie lourde.

· Entre la « guérison » rapide (entendre la remise au travail ou à l’école) et la psychiatrisation, l’alternative est trop radicale. Il est indispensable de laisser toute leur place aux divers dispositifs de parole existant actuellement : il faut laisser au sujet de la parole le temps d’élaborer ses questions et ses solutions avec celui ou celle qui aura su gagner sa confiance sur le long terme. Et il faut qu’y soient reconnus ceux et celles qui œuvrent en cet espace de parole – qu’y soient reconnues leurs diverses formations sérieuses… qui vont au-delà de cinq séances !

· Si elle se concrétise dans les faits, la violence que manifeste la loi De Block envers les praticiens de la parole deviendra celle qui s’exercera à l’égard des usagers de la parole.

[1] Psychiatre à la Pouponnière Saint-Raphaël et au Centre D’Oultremont (centre recevant enfants, adolescents et parents).

[2] La légalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) – sous certaines conditions –, date du 3 avril 1990.