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Collectif des praticiens de la parole - Collectief voor het Behoud van het Spreken
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Qu’est-ce qu’un psychomotricien ? Quel est son apport à la société actuelle ? Pourquoi cette profession est-elle devenue indésirable en Belgique depuis 2015 ?

Anne Taymans et Massimo Maiorana

Le psychomotricien intervient tant dans le champ de la santé que celui de l’éducation. C’est un professionnel qui travaille la relation : la relation de la personne à elle-même, à l’autre, à son environnement. C’est le corps, la gestuelle, l’attitude et l’expressivité non-verbale qui sont ses guides dans leurs composantes toniques et relationnelles. De la naissance de l’identité, à travers toutes les difficultés de la vie, jusqu’à la présence à soi en fin de vie, le psychomotricien s’inscrit dans les équipes éducatives et de soins. Il lui est difficile de scinder son accompagnement entre les champs préventifs et thérapeutiques.

En effet, le psychomotricien est sans cesse dans l’observation des forces, des possibles corporels et relationnels de la personne. Il assure des suivis individuels et/ou collectifs. Il accompagne et met en jeu les dynamiques vitales. Il considère le corps, et plus particulièrement la mise en action tonique et corporelle, comme le fondement de la construction psychique, et il s’emploie, en s’appuyant sur sa formation technique et relationnelle, à construire avec la personne des expériences corporelles qui lui permettent d’instaurer ou de restaurer ce lien entre le somatique et le psychique. Le profil professionnel du psychomotricien ne peut pas facilement s’accommoder de clivages ni de découpages analytiques.

Les psychomotriciens sont engagés tant dans les milieux d’accueil de la petite enfance (crèches, consultations dans les centre de l’office national de l’enfance) qu’en milieu scolaire ordinaire ainsi que dans les maisons de soins psychiatriques, les services de santé mentale et d’aide à la jeunesse, les centre de jour, les centres de réadaptation et de rééducation ambulatoire ou fonctionnelle, les centres d’hébergement, le milieu hospitalier et dans les maisons de repos et de soins.

La formation de bachelier paramédical en psychomotricité en Belgique entame, en septembre 2017, sa sixième année d’existence. Comme toute autre formation du type court, elle répond aux exigences du Cadre Européen de Certification (CEC) de niveau 6. Ce cursus est intégré dans le domaine des « Sciences de la motricité » au même titre que l’ergothérapie et la kinésithérapie.

Les étudiants qui sortent de cette formation de 180 crédits d’enseignement obtiennent le grade académique de Bachelier en psychomotricité officiellement reconnu par la Fédération Wallonie- Bruxelles.

Comme toute autre formation paramédicale, elle se compose d’unités d’enseignement centrées sur les sciences médicales et biomédicales, les sciences psychologiques et l’art de la psychomotricité. Puisque le psychomotricien prend appui sur son corps dans toutes ses interventions, la formation se décline sur deux étapes : appréhender son propre corps dans ce qu’il institue de notre identité, connaître et vivre des expériences avec l’autre dans un espace-temps déterminé.

Or, en Juin 2016, la Ministre fédérale de la Santé refuse que les psychomotriciens soient reconnus en tant que profession paramédicale. Ceci a jeté un discrédit sur toute la profession. Madame De Block s’appuie sur un avis négatif de la Commission Fédérale des Professions Paramédicales. Elle restreint la profession aux sphères éducatives et de bien-être. Elle autorise le soin psychomoteur aux médecins, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, logopèdes et orthoptistes (!), qui n’ont que des modules partiels de psychomotricité, alors que les professionnels spécifiquement formés pendant trois ans ne peuvent pratiquer pleinement leur métier.

En juillet 2016, après avoir manifesté contre cette prise de position unilatérale et tenté de faire entendre la réalité et la pertinence du métier, la Fédération des étudiants francophones (FEF) et l’Union professionnelle belge des psychomotriciens francophones (l’UPBPF) ont soutenu une action juridique en urgence (référé) déposée par six jeunes issus du Bachelier.
Mais un discrédit et un doute ont été jetés sur la légitimité d’un métier qui met l’individu, sa globalité, le sens de ses actions au centre de l’intervention.
En septembre 2016, des promesses de contrats d’embauche ont été annulés. Des jeunes diplômés ont dû se réorienter pour survivre.
Dans les mois qui suivirent, des employeurs ont même mis en doute la légitimité du diplôme et celle de la formation. Des contrats ont été suspendus ou rayés. L’Union professionnelle belge des
psychomotriciens francophones a été plusieurs fois sollicitée pour redonner une juste information.

Entre autres exemples, des étudiants sortants se sont vu annoncer que les contrats prévus après leur stage, en centre hospitalier ou maison de repos, ont été abandonnés faute de cadre légal. Plus grave, des postes ont été supprimés, comme dernièrement cette psychomotricienne travaillant depuis six ans dans un centre thérapeutique pour enfants et qui a été subitement remerciée car sa qualification n’est soi-disant plus reconnue. Ailleurs, les psychomotriciens d’une institution thérapeutique ne peuvent accueillir de stagiaires psychomotriciens. Il est même arrivé qu’une crèche se demande si le Bachelier est bien légal et préfère un autre candidat pour éviter les soucis administratifs.
Les écoles aussi ont vu les inscriptions se restreindre. Des emplois d’enseignants ont été supprimés.

Cependant nous avons pu maintenir le dialogue entre tous les acteurs (école, union professionnelles, étudiants, employeurs, …) pour soutenir le métier et la formation.

Nous ne pouvons supporter que le métier de psychomotricien ne puisse se déployer en Belgique dans toute son acceptation. Les aspects thérapeutiques de la psychomotricité, reconnus sur le terrain depuis plus de quarante ans, ont été interdits par Madame De Block sans réelle concertation des professionnels ni des acteurs de la formation, mais selon un avis du Conseil National des Professions Paramédicales mal motivé et ignorant la réalité francophone.
Nous ne pouvons supporter que notre beau et exigeant métier, dans son approche thérapeutique, soit réduit à une pratique fragmentée, analytique, proposée par d’autres paramédicaux peu formés dans ce domaine précis, alors que les psychomotriciens formés spécifiquement à toutes les facettes et exigences du métier ne peuvent, eux, proposer de séances thérapeutiques.
Nous sommes en procédure de fond contre cet état de fait.

Nous ne pouvons supporter que le métier de psychomotricien disparaisse du monde du soin ni que enfants, familles, personnes handicapées ou âgées soient privés des bénéfices, thérapeutiques ou préventifs, de l’accompagnement du psychomotricien. Notre état ne peut négliger tous les enfants en difficultés d’apprentissage ou comportementales dont les psychomotriciens soutiennent le suivi affectif et scolaire. Notre état ne peut négliger une approche multidisciplinaire des personnes atteintes d’autisme, de troubles de la personnalité, de problématiques alimentaires ou psychiatriques. Notre société ne peut négliger l’attention globale et l’adaptation particulières aux besoins des personnes handicapées ou âgées, particulièrement si elles sont en institution.

Nos avocats questionnent le système de décision belge qui empêche une argumentation positive pour la reconnaissance paramédicale. Ils demandent l’énoncé de questions préjudicielles. Celles-ci nous permettront de questionner la Cour constitutionnelle quant à la procédure qui vise la non-reconnaissance d’une profession paramédicale, et la Cour européenne pour les questions de libre circulation et libre concurrence.

Notre société dispose de connaissances fines, pertinentes dans les sciences de l’éducation, les neurosciences, les arts thérapeutiques pour permettre aux professionnels de soutenir et soulager le développement de l’humain. Nous ne pouvons tolérer que l’humain soit réduit à quelque fonction de producteur et consommateur, que son fonctionnement soit sélectionné, contrôlé ou dirigé.
Les psychomotriciens, à côté d’autres professionnels du soin, de l’éducation, du travail social, ont foi dans la pulsion vitale de se réaliser pour chaque être humain. Le défi humain de toujours n’est pas seulement question d’être, mais d’exister, d’aller vers un développement de soi. Nous souhaitons être pleinement acteurs de cet accompagnement-là, de la prévention à la thérapie.