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Collectif des praticiens de la parole - Collectief voor het Behoud van het Spreken
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Souffrance psychique, dispositif, identité

Diane Helszajn

A la lecture du rapport du KCE j’ai eu une sensation de déjà vu, de répétition par rapport aux événements de juin passé liés à loi sur la psychothérapie.

Tout comme la loi Muylle, fondée sur des années de discussions avec les différents protagonistes du secteur de la santé mental, a été supprimée sans autre forme de procès, l’autonomie reconnue aux psychologues cliniciens avec l’intégration de la profession dans l’Arrêté royal 78 relatif à l’exercice des professions des soins de santé, risque d’être usurpée par la recommandation d’un modèle d’organisation et de financement des soins psychologiques.

La reconnaissance de l’exercice de la psychologie clinique comme accomplissement d’actes autonomes est détournée au profit d’une technicisation de la pratique. Le rapport du centre fédéral d’expertise des soins de santé propose un mode fractionné et sous contrôle d’organisation des soins psychologiques qui conditionnera son remboursement. Cette organisation rationnelle du soin vient substituer la pensée au profit de la technique et vient déresponsabiliser les soignants pris dans son dispositif.

Le concept de soin psychologique est associé pour moi à l’idée d’une parole libre et libératrice, qui amène à approfondir sa conscience de soi, à devenir plus soi-même.

La position clinicienne se fonde sur une relation, un rapport de confiance et de confidentialité qui va permettre l’émergence d’une parole intime et singulière, qui engage à la prise de conscience de soi.

Il faut du temps pour pouvoir parler authentiquement de sa souffrance, de son vécu, de ses éprouvés.

Notre méthodologie de travail, c’est aussi un travail personnel auquel on s’est prêté, nos formations et notre formation continue.

Il n’est pas question ici de technicité opératoire mais de principes méthodologiques de parole libre,de relation de confiance, de création d’un cadre contenant et fiable, de formation continue.

Dans le modèle de soins recommandé, les indicateurs techniques proposés ne permettent pas un déploiement de la parole, un support sur la relation.

Un changement s’opère dans la manière de concevoir les souffrances psychiques et leurs prises en charge. Nous aurons une première ligne de cinq séances de réadaptation, de réhabilitation sociale, pouvant mener éventuellement, pour des troubles psychologiques considérés plus sévères, à une seconde ligne dite de psychothérapie sous menace perpétuelle d’interruption du lien par évaluation, bilan fonctionnel et un tiers contrôle. Un dispositif qui ne permet aucun déploiement de processus psychiques.

Le mouvement instituant d’un financement des soins psychologiques se fait sur base d’une méconnaissance totale des spécificités du champ clinique, sans concertation aucune avec les protagonistes du secteur de la santé mentale.

Nos instances gouvernantes ont balayé des années de concertation dans l’établissement d’une législation concernant les psychothérapies. Ils vont faire disparaître le débat démocratique mené pendant des années quant à la spécificité de notre profession.A l’instar de la manière dont nous sommes traités par nos pouvoirs politiques quand il est question d’instituer une organisation de notre pratique, sans aucune prise en compte de l’altérité, du débat,de l’Autre, il y des raisons de s’inquiéter de la manière dont ils conçoivent la souffrance psychologique et son traitement.

La clinique nous apprend qu’une personne coupée de sa parole est en souffrance. Il est grand temps de refaire entendre la nôtre pour ce nouvel enjeu de défense de notre identité professionnelle.

Texte présenté́ lors du Meeting du 21 octobre 2016, sous le titre La loi sur les professions des soins de santé mentale : Enjeux et dangers.