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Collectif des praticiens de la parole - Collectief voor het Behoud van het Spreken
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Tout ensemble, tous ensemble,...

Nathalie Crame

Je viens de recevoir le rapport annuel 2016 de la Commission des Psychologues. Il s’intitule, tenez-vous bien : Etre psychologues, ensemble [1].

Ensemble, vraiment ? Mais qui fait partie de cet ensemble ? Personnellement, si je suis affiliée à la Commission, c’est uniquement parce que c’est obligatoire. En aucun cas, je ne me sens appartenir à cet « ensemble ». Peut-être les membres siégeant à la Commission souffrent-ils d’un symptôme bien connu de Freud : l’oubli ? N’ont-ils pas reçu une pétition signée par plus de huit cents psychologues pour leur dire combien ils ne se reconnaissaient pas dans la politique de la Commission ? Que son mode d’action non démocratique, son orientation unilatérale et réductrice, ses directives contraires à l’éthique du psychologue et contraires à la loi sur le secret professionnel ne leur convenaient pas du tout.

Selon la Commission, ce rapport répond à la demande des psychologues pour plus de transparence. Mais dès les premières lignes de ce rapport, je me confronte à l’opacité, voire à la contradiction du propos.

Je me centrerai sur deux points.

Premièrement, il est dit dans ce texte que les psychologues ont une identité commune qui se caractérise « par un sens des responsabilités et de l’autonomie » [2]. Pour qui travaille avec la parole, il n’y a là rien de nouveau ! Mais sans doute, les mots même de responsabilité et d’autonomie ne recouvrent-ils pas exactement la même chose pour eux que pour nous. Guère d’ensemble, à ce niveau ! Cherchons donc, par exemple, à quel signifiant est rattaché le mot autonomie. Pour la Commission, le signifiant autonomie s’articule directement aux signifiants ordre et encadré. Ainsi, va-t-il de soi – pour la Commission – que « Grâce à notre évolution en tant qu’Ordre, nous voulons que cette autonomie et ce sens des responsabilités soient encore mieux encadrés  » [3]. Je n’y vois vraiment plus clair. Autonomie, sens des responsabilités, ou encore plus de contrôle ?

Deuxièmement, la Commission annonce (sans doute suite à nos critiques) qu’elle souhaite plus de démocratie au sein de leur Assemblée Générale. Très bien, nous pourrions nous en réjouir. Sauf que, là aussi, si la Commission veut rendre le processus de délégation plus démocratique, c’est uniquement vers un but précis : faire basculer la déjà très critiquable Commission en "Ordre" des Psychologues. De fait, on peut lire dans ce rapport que « Le souhait de rendre le processus de délégation au sein de l’assemblée plénière plus démocratique reste central dans le projet d’évolution vers un Ordre des Psychologues » [4]. Ils sont donc pour la démocratie, mais dans le cadre d’un projet bien spécifique qui lui n’est pas discuté démocratiquement ! Les mêmes signataires de la pétition envoyée à la Commission ne veulent pas d’un Ordre des Psychologues. Ils en connaissent les dérives autoritaires de contrôle qui, de structure, sont au service d’une uniformisation de l’orientation des pratiques. Comme le dit Yves Vanderveken dans son texte paru le 17 avril 2017 sur la liste du Collectif des praticiens de la parole [5], la perspective d’un Ordre des Psychologues n’est ni plus ni moins qu’ « une opération de prise de pouvoir sur les pratiques qui, par et dans cette idéologie, se déploie. C’est un putsch sur les pratiques du mental. »

Alors ? Ensemble ? Vers plus d’autonomie et de responsabilité avec plus de démocratie ! Vraiment ???

[1Rapport annuel de la Commission des Psychologues, paru en juillet 2017. https://www.compsy.be/sites/default/files/compsy_rapport_annuel_2017_fr.pdf

[2Ibid.

[3Ibid.

[4Ibid.