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Copel - Cobes

Collectif des praticiens de la parole - Collectief voor het Behoud van het Spreken
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Un travail qui compte ! Enfin…pour qui ?

Dr Françoise Liota

La loi relative aux professions des soins de santé mentale m’inquiète.

Oui, je suis inquiète…

Pourrai-je, à l’avenir, continuer à recevoir Mademoiselle K, cette jeune femme aux prises avec une angoisse de persécution qui la terrifie ? Elle est arrivée à ma consultation voici trois ans après avoir été expulsée du domicile de ses parents par la police parce qu’elle y avait tout cassé et les avait violemment menacés… La prise en charge s’annonçait longue et lourde…

Mademoiselle K me demande de venir très régulièrement. Cela semble lui permettre de supporter, tant bien que mal, le monde qui l’entoure… sans médication, car l’idée même d’une pilule à avaler la persécute, et sans le recours aux hospitalisations, car la vie en communauté lui serait insupportable. Cette jeune femme ne reprendra peut-être pas son travail de secrétaire. Mais comme elle le dit : « tant qu’elle peut juste venir parler, que ça continue et que ça ne s’arrête pas, ça ira pour elle !... ».

Comment vais-je accueillir les autres Mademoiselle K que je serai amenée à rencontrer dans le futur ? Devrai-je leur dire qu’après un nombre déterminé de séances, elles seront obligées, faute d’améliorer leur score mesuré sur l’échelle agréée selon les critères du moment, de prendre un médicament ? Ou d’aller à l’hôpital ? Ou encore, d’aller en centre de réadaptation ?

Il n’y a pas de protocole prédéfini possible pour accueillir et accompagner Mademoiselle K. C’est en lui permettant de prendre la parole, dans un cadre rigoureux mais souple, en étant attentif aux indications qu’elle donne, qu’il est possible de trouver, avec elle, des solutions à sa mesure. La médication et/ou l’hospitalisation peuvent s’indiquer, bien sûr… si c’est pertinent ! C’est ce qu’il s’agit de vérifier pour chaque cas.

Aujourd’hui, Mademoiselle K peut prendre les transports en commun avec un petit allègement de son angoisse et cela, grâce à une petite trouvaille qui lui permet de mettre un peu à distance la persécution… Et elle peut échanger quelques mots avec sa boulangère avec qui elle échange quelques recettes de cuisine… Mademoiselle K la trouve gentille avec elle… Elles ont un point commun : les gâteaux au chocolat… Cela compte beaucoup pour elle, elle est contente… Lors de nos entretiens, nous conversons autour des petites choses de la vie quotidienne. Ces sujets peuvent paraître anodins. Pourtant, l’importance, l’attention que j’y accorde l’apaisent.

C’est ainsi pour elle… mais il en serait probablement autrement avec Monsieur R ou Madame S, on ne peut le savoir à l’avance !

Le cheminement de Mademoiselle K n’est pas chiffrable statistiquement… mais pour elle, n’est-il pas essentiel ?

Ah oui, j’oubliais !... Et quand bien même, si seule une logique budgétaire devait orienter les décisions des politiques, soulignons que, pour autant que les entretiens soient maintenus, Mademoiselle K n’a pas eu recours aux hospitalisations psychiatriques…

Est-ce que cela, au moins, pourrait compter ?

Docteur Françoise Liota, psychiatre