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Collectif des praticiens de la parole - Collectief voor het Behoud van het Spreken
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Vers un nouvel ordre des psychologues ?

Yves Vanderveken

Il se dit que la FBP travaillerait avec le cabinet de la Ministre de la Santé, Maggie De Block, à la création d’un Ordre ou d’un Institut des psychologues[i]. Si cette information se révélait vraie, nous n’en serions plus à cela près. En droit commercial, cela porte un nom. La référence commerciale est-elle malvenue ? Pas si sûr.

Outre la mobilisation nécessaire des autres associations de psychologues pour que la concertation ne soit une nouvelle fois pas confisquée, et pour contrer ce qui s’apparenterait à une énième tentative d’imposition d’un modèle référentiel unique, une question préliminaire s’impose. Voulons-nous savoir où un Ordre des psychologues nous conduira ?

Nos collègues travaillant au Québec nous permettent de nous en faire une idée. Deux de ces collègues, praticiens confirmés et internationalement reconnus pour leur travaux et publications, ont, il y a quelques jours, reçu un avis d’« Inspection d’exercice de la psychothérapie » par leur nouvel Ordre des psychologues fraîchement mandaté. Remarquons d’emblée deux choses :
1/ La prise de pouvoir du fameux Ordre des psychologues sur l’exercice de la psychothérapie, les deux se mélangeant ;
2/ Ces collègues travaillent bien évidemment dans une orientation psychanalytique ; le contrôle concernant simultanément plusieurs travailleurs de cette orientation ne relevant, bien entendu, probablement que du pur hasard. Passons.

Ce qui n’est pas sans devoir intéresser au plus haut point le public, c’est la nature de cette inspection. Sa nature, et ses détails.

Les inspectés ont ainsi quinze jours, à dater de l’avis d’inspection, pour compléter comme travail préparatoire (!) un dossier d’évaluation de leur pratique – fait entre autres de beaucoup, beaucoup, beaucoup de petites cases à cocher – consistant en un questionnaire sur cette pratique de… 35 pages ! Il concerne essentiellement des questions sur le « profil » et la façon dont est « traité » le patient. Oups, que dis-je ? Grossière erreur ! – le « CLIENT », bien entendu. On prend soin de rassurer l’inspecté – qui est rappelons-le, psychologue et donc reçoit le témoignage de son patient du plus intime de sa vie subjective : ces données sont CON-FI-DEN-TIELLES.

Des exemples des questions posées ?

- « Je prends en considération tout document-cadre produit par l’Ordre des psychologues du Québec au sujet de l’exercice de la psychothérapie comme les guides explicatifs, les guides de pratique (c’est moi qui souligne, et attire l’attention sur le singulier de « pratique »), les lignes directrices, les cahiers de recherche et pratique ». Cases à cocher : « Toujours », « Régulièrement », « A l’occasion », « Jamais ».

- « Je prends en considération le mandat établi avec le client ». Cases à cocher : idem.

- « Je m’assure de respecter le plan ou le programme d’intervention psychothérapeutique et d’appliquer de façon appropriée les moyens d’interventions qui y sont associés ». Cases à cocher : Idem – du style : un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout.

La liste est sans fin. Trente-cinq pages !

Questions essentielles : Qui définit ces questions et surtout le cadre idéologique (Guide de pratique, client, mandat, plan d’intervention, formulaire de consentement, protocoles, questionnaires, matériel d’intervention, etc.) ? Le tout, avec une condescendance objectivante vis-à-vis de ce « client », que la bonne intention de sa protection ne peut cacher. Par exemple, quand il est rappelé qu’il s’agit de tenir compte quand on s’adresse à lui de « ses limites (sic) » de compréhension.

Nous ne sommes donc là que dans un travail préliminaire à l’inspection, puisque dans le temps imparti des 15 jours, l’inspecté se doit aussi de fournir, outre son Curriculum vitae, un dossier de patient que l’inspecteur viendra consulter sur le lieu professionnel de l’inspecté à une date et heures convenues. Le modèle est là, celui du contrôle fiscal. L’inspection consistera aussi à vérifier le lieu de travail, et si les diplôme et chartes sont bien apposés dans les salles d’attente. L’enjeu ? C’est l’évaluation de la pratique, et l’accréditation à la pratique de la psychothérapie.

En quoi doit consister ce dossier de patient ? Je cite : « Vous devez nous transmettre la copie d’un dossier complet y incluant les formulaires de consentement, la chronologie des rencontres, les notes d’évolution, les protocoles de tests, les questionnaires ou autre matériel d’évaluation et d’intervention, le ou les rapports, le cas échéant. »

Les bonnes âmes n’y verront peut-être rien à redire, voire même prendront appui sur ces éléments pour dire que oui, « Et alors ? », comme disait l’autre. « Quoi de plus normal ? »

N’étaient-ce déjà les deux éléments pointés de la dimension de l’intime du travail du psy, et du cadre de référence qui suinte du questionnaire et du mode d’inspection-même, ces éléments qui portent le travail psy à la dimension du contrat commercial et des services ne correspondent en rien à notre pratique et son éthique – celle qui se fonde sur la relation intersubjective, humaniste et prenant appui sur la relation transférentielle. Cette dernière orientation de pratique est largement majoritaire dans le secteur psy, et social d’ailleurs. Nos sectateurs des protocoles (qui peut bien produire de tels canevas et questionnaires d’inspection ?) et de l’Evidence Based Pratice le savent parfaitement. C’est pour cela qu’ils veulent imposer de force, par le contrôle, leur idéologie managériale, basée sur les preuves comme ils disent (en matière du psychisme, on se demande bien de quoi ces preuves relèvent). Un Ordre des psychologues en sera l’autorité bureaucratique. C’est de structure. Sous les bonnes intentions, dont l’enfer est pavé, de la protection du patient (zut, même erreur : « client »), c’est bien à une opération de prise de pouvoir sur les pratiques qui, par et dans cette idéologie, se déploie. C’est un putsch sur les pratiques du mental.

Alors, c’est le Québec ? Oui.

Que le Québec ?

Ben, justement, c’est le Québec !

Nous savons qu’il constitue en ces matières le modèle quasi-religieux de nos sectateurs scientistes.

Un Ordre des psychologues ? À bon entendeur…

PS :

1/ Il est bien entendu demandé à l’inspecté de fournir le détail de sa formation permanente suivie les années précédentes. L’inspecteur risque d’être surpris quand il recevra la liste des formations suivies, et qui dépassera bien évidemment en volume, tout ce qu’il aura jusqu’à présent vu. Mais nous ne serons, nous évidemment, pas surpris, au regard de la grille d’évaluation en usage, qu’il les déclarera « non-pertinentes ».

2/ Pour plus d’information, vous pouvez vous reporter au lien suivant.

3/ Si le temps se présente à nous, d’autres analyses suivront.

[i] http://pro.guidesocial.be/actualites/l-ordre-pour-les-psychologues-cliniciens-verra-t-il-bientot-le-jour.html