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Copel - Cobes

Collectif des praticiens de la parole - Collectief voor het Behoud van het Spreken
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Vers une disparition imposée de la logopédie ?

Giuseppina Cocuzza



C’est dans le rapport du KCE 2016 qu’apparaît de manière mieux définie la fonction de l’orthopédagogue. Cette profession a été reconnue dans la loi du 4 avril 2014. Mais, en juillet 2016, de nouvelles réglementations ont été apportées dans le domaine des professions liées à la psychologie et l’orthopédagogie s’y voit attribuer un rôle central important, non seulement dans le domaine de la santé mentale mais aussi celui de la logopédie. Cette fonction d’orthopédagogue, qui crée un flou dans le domaine de la santé mentale, en produit un autre dans le champ de la logopédie.

La loi a été rédigée, votée et approuvée par les acteurs de terrain, semble-t-il ! Diverses associations (Alter-Psy, Copel-Cobes,…) en lien avec la santé mentale ont dénoncé les divers manquements de cette loi. Des actions ont été menées et un recours en annulation a été introduit en octobre 2016, ce qui a permis d’obtenir une suspension des mesures transitoires.

De leur côté, des logopèdes travaillant en santé mentale ont pris connaissance du rapport du KCE publié en 2016. En lisant ce document, ainsi que d’autres comme l’Avis n°9380 du Conseil Supérieur de la Santé[1] consacré à l’orthopédagogie, il est aisé de se rendre compte que pour certains aspects, les « actes » définis dans le domaine de l’orthopédagogie sont des « actes » pratiqués depuis longtemps dans le domaine de la logopédie.

Alertées par cette superposition d’actes, l’UPLF (Union Professionnelle des logopèdes francophones) et l’ASELF (Association Scientifique et Ethique des Logopèdes Francophones) ont attiré l’attention des politiques sur ce problème. Mais les remarques apportées n’ont pas été prises en considération, en dépit du fait qu’un rapport du Conseil supérieur de la Santé stipule que l’avis des diverses professions avec lesquelles certains actes pouvaient se superposer a été pris en compte.

L’UPLF et l’ASELF ont publié un communiqué de presse[2] en date du 1er septembre 2017 afin d’exprimer leurs préoccupations concernant le nombre important de recouvrements des actes effectués par l’orthopédagogue clinicien avec les actes effectués par le logopède, et ce « au niveau de la définition, du cadre de référence, du parcours de formation et du profil de compétences (prévention, diagnostic et traitement des troubles de la communication et des troubles). Les deux associations soulignent qu’ « à la lecture de ce profil, il n’est en effet pas possible de distinguer le périmètre d’activité de l’orthopédagogue clinicien par rapport à celui du logopède ».

Dans divers documents, il est dit que les acteurs concernés ont été consultés pour éviter les superpositions d’actes professionnels. Tous ces changements ont lieu pour permettre, semble-t-il, au patient, à l’usager et au client d’y voir plus clair et de s’orienter plus facilement vers le soin dont ils ont besoin. Il n’en est rien ! La logique dans laquelle s’inscrivent ces changements est budgétaire. Une seule profession peut maintenant réaliser les actes de diverses professions sans tenir compte de la spécificité, de l’individualité et du choix de chacun.

Suite aux modifications de la loi entrée en vigueur et réglementant les professions de soins de santé et modifiant les dispositions concernant l’exercice des professions de soins de santé, les étudiants en logopédie se posent aussi diverses questions quant à leur avenir professionnel.

Dans l’Avis n°9380 du Conseil Supérieur de la Santé, l’orthopédagogie est définie comme suit : « L’exercice de l’orthopédagogie clinique désigne l’accomplissement, dans un cadre de référence scientifiquement fondé, d’actes autonomes qui ont pour but la prévention, le diagnostic, l’accompagnement et la prise en charge de problèmes éducatifs, de développement, d’apprentissage, comportements et émotionnels ainsi que leurs conséquences psychosociales pour les enfants, adolescents et adultes et leur environnement. L’orthopédagogie est la discipline qui se consacre à l’élaboration des théories, modèles, méthodes et techniques pour le cadre de référence scientifique en question »[3].

Dans Echo Inclusion, trimestriel édité par l’Association pour l’Innovation en Orthopédagogie, la définition suivante est proposée : « De fait, la loi du 10 juillet 2016 (art.16) stipule qu’on entend par exercice de l’orthopédagogie clinique, l’accomplissement habituel, dans un cadre de référence scientifique de l’orthopédagogie clinique, d’actes autonomes qui ont pour but la prévention, le dépistage et l’établissement d’un diagnostic pédagogique, avec l’attention particulière pour les facteurs contextuels et le dépistage des problèmes éducatifs, comportementaux, de développement ou d’« apprentissage chez des personnes ainsi que la prise en charge et l’accompagnement de ces personnes »[4].

[1] Avis n°9380 du Conseil Supérieur de la Santé sur l’Orthopédagogie clinique en Belgique https://www.health.belgium.be/sites/default/files/uploads/fields/fpshealth_theme_file/css_9380_avis_orthopedagogie_update.pdf

[2] http://www.aself.be/wp-content/uploads/Communique_Presse_Orthopedagogie_01_09_2017.pdf

[3] Avis n°9380 du Conseil Supérieur de la Santé sur l’Orthopédagogie clinique en Belgique, page 6.

[4] Echo Inclusion, 2016, Vol 31, n°2.