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Copel - Cobes

Collectif des praticiens de la parole - Collectief voor het Behoud van het Spreken
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Sans le savoir, on vous fait collaborer à ce à quoi vous vous opposez

Nathalie Laceur

Avant, en tant que psychologue, il vous était possible de placer une annonce dans les Pages Jaunes. Aujourd’hui, pour faire part de votre pratique de psychologue, il existe par exemple aussi des sites web. Un de ces sites se nomme psycholoog.be. Chaque psychologue enregistré en tant que tel auprès de la Commission des Psychologues peut y avoir, après payement, une page à lui. C’est à vous de décider des données que vous mentionner sur cette page. Psycholoog.be vous propose deux possibilités : ou vous faites parvenir à l’administrateur du site un document avec vos données, ou vous complétez un document avec des rubriques standardisées (formation, adresse, spécialités, tarifs, etc.).

N’importe quel psychologue peut-il avoir une page sur psycholoog.be ? La réponse est oui, bien qu’on peut comprendre le désarroi. Car sur la page d’accueil on voit immédiatement le logo de la Fédération Belge des Psychologues (FBP). Et en scrollant un peu vers le bas, on peut lire dans un petit cadre plus d’informations sur la FBP, et par un simple clic sur ce cadre on visite de suite la page de cette Fédération.

La FBP est-elle propriétaire de Psycholoog.be ? En est-elle l’administrateur ? Ce sont à notre avis des questions tout à fait justifiées. Mais la réponse est non. La propriétaire et l’administrateur de ce site web, est une néerlandophone licencié en psychologie, dont on ne retrouve pas le nom dans la liste des membres de la FBP. Mais sa photo de profil relié à son adresse mail fut récemment modifiée : la petite photo souvenir de vacance fut remplacé par le logo de la FBP.

Officiellement, car mentionné entre guillemets sur la page d’accueil, il s’agit d’une « collaboration avec la FBP ». En quoi cette collaboration consiste n’est pas plus explicité. Le formulaire qui vous est proposé de compléter lors de votre demande d’une page web, mentionne que tout psychologue membre de la FBP a droit à une réduction sur le prix de sa page. Ce qui nous fait présumer qu’il y a au minimum des accords financiers. Notons au passage aussi que sur le site web de la FBP on ne retrouve aucune mention de ce partenariat.

Lorsqu’on visite les pages web des différents psychologues annonceurs, la confusion ne fait qu’augmenter. Sur chaque page on retrouve ce même logo de la FBP. Tous les psychologues qui trouvent la voie vers psycholoog.be, sont-ils par hasard membre de la FBP ? Non, ce n’est pas le cas. Les psychologues membre de KLIpsy ou les psychologues membre d’aucune association, voient aussi mentionner, à leur surprise, sur leur page web le logo bleu jaune de la FBP.

Nous avons interpellé la propriétaire de psycholoog.be. Quand un psychologue lors de son inscription mentionne qu’il n’est pas membre de la FBP (et de ce fait ne reçoit pas de réduction), pourquoi sa page web mentionne-t-elle quand même le logo de la FBP ? Ceci est non seulement trompeur pour les patients, mais aussi, crée une situation des plus embarrassantes pour les psychologues non adhérant à la FBP : leur page porte à croire qu’ils sont associés à une fédération, avec laquelle tout au contraire ils ne veulent rien avoir affaire.

Et que dit la FBP de cette mention de leur logo sur chaque page ? Pourquoi la FBP ne réprimande-t-elle pas la propriétaire de ce site ? On sait que la FBP saisit chaque occasion afin de protéger ‘les consommateurs de soins’ contre les charlatans qui dans leur pratique adhèrent une orientation qui fut invalidée par les évaluateurs de l’evidence based. Que cette fédération tolérerait que des psychologues qui obstinément maintiennent qu’il est impossible de réduire leur pratique en une série de procédures protocolaires, et que de ce fait il n’est pas possible de l’évaluer statistiquement, soient associé à elle, serait très surprenant.

Mais c’est tout sauf surprenant. Il suffit de se remettre quelques faits en mémoire.

· Au printemps 2016, Maggie De Block s’amenait avec une proposition de loi afin de régler les professions de soins de santé mentale. Elle promit de régler avec celle-ci deux ‘problèmes’ inhérents à la loi Onkelinx. Permettre l’existence de diverses orientations quant au traitement ne fut plus une chose précieuse à maintenir afin que patients et psychologues aient un libre choix. Dorénavant seraient uniquement tolérées les thérapies de courtes durées, axées sur des résultats et dont l’efficacité est evidence based. En plus en réduisant ainsi l’offre de soins, le problème du charlatanisme serait aussi résolu. Partout dans le champ hétérogène de la santé mentale une indignation se fit entendre : comment Maggie De Block pouvait-elle régler un champ qu’elle a à peine consulté ? Par la voie de diverses pétitions qui récoltèrent au total 22 000 signatures, plusieurs groupements de psychologues tentèrent de se faire entendre auprès de Maggie De Block. Elle fit la sourde oreille.

Lorsque la loi en juillet 2016 fut approuvée, la FBP et la Vlaamse Vereniging van Klinisch Psychologen (VVKP) qui est fédéré à la FBP, déclarent dans les médias que « les psychologues sont contents ». Et ils se félicitent car cette loi qui honore le métier de psychologue, est le fruit de plusieurs années de négociations avec les autorités.

· Quand on apprit que les sièges au sein du futur Conseil Fédéral pour les professions de la santé mentale, lequel va s’occuper des décisions d’exécution de la loi De Block, seraient octroyés à des académiciens et membres d’associations professionnelles, nous avons fait ce qu’il fallait faire. Nous avons fondé une association professionnelle que nous avons nommé KLIpsy, ainsi nous sommes en Flandre la deuxième association de psychologues, à côté de la VVKP. Ensemble avec nos collègues d’APPELpsy et du collectif bilingue COPEL-COBES nous mettrions tout en œuvre pour protéger ce qui est l’essence même de tout travail clinique : le respect de la singularité de chaque patient qui ne peut s’entendre que si quelqu’un est prêt à l’écouter, la reconnaissance de processus inconscients et la force de la parole, la prise en compte du transfert.

La fondation de KLIpsy suscita la panique auprès du conseil d’administration de la VVPK qui est pour une part le même que celui de la FBP. Il envoya sur-le-champ un communiqué à ses membres avec la recommandation de « ne pas adhérer à KLIpsy ». Car ceci provoquerait « une plus grande fragmentation du champ psychologique clinique ».

Ce conseil ne s’est pour autant pas abstenu dans ce même communiqué, d’attribuer avec malveillance des propos aux fondateurs de KLIpsy que n’avions jamais tenus et dont on se distancie formellement. Ils nous ont de plus menacés de poursuites juridiques pour pratique de ‘datamining’. Au grand regret de la FBP et la VVPK, le rassemblement d’adresses mail de psychologues afin de faire part de la fondation de KLIpsy le plus largement possible, n’a rien à voir avec une pratique illégale dans le cadre de la recherche scientifique.

La FBP aime dire qu’elle constitue le plus grand réseau de psychologues en Belgique. On ne peut par contre pas répéter assez que le nombre de psychologues qu’elle rassemble (elle fédère aussi des associations de psychologues de travail, d’économie et d’organisations) n’est qu’un petit pourcentage de tous les psychologues en Belgique. Il est dès lors aberrant que la FBP prétend représenter la majorité des psychologues clinique. Néanmoins elle le fait, pour être entendue auprès des médias et des autorités.

Quand une association dit être le porte-parole de tous les psychologues afin de faire valoir sa propre orientation protocolaire du traitement auprès des psychologues et des patients, et vend son logo comme étant en quelque sorte un label de qualité pour une aide psychologique fiable, nous ne pouvons pas rester sans rien dire, sans rien faire. Car nous ne pouvons pas ne pas savoir que nous nourrissons ainsi l’illusion d’harmonie et d’un consensus dans le champ psy. Sans le savoir – et rebelote – vous êtes compté parmi cette soi-disant majorité des psychologues.

KLIpsy veut signaler que le champ clinique ést fragmenté, qu’il n’y a pas une mais diverses orientations quant au traitement de la douleur psychique. KLIpsy veut faire entendre qu’il y a des psychologues qui ne pensent pas que la loi De Block fasse honneur à leur métier, qu’au contraire cette loi porte à l’abolition de leur métier.

Entretemps la propriétaire de psycholoog.be a consenti à supprimer le logo de la FBP des pages de psychologues membre de KLIpsy. Voyons la prochaine tentative malicieuse de la FBP pour réclamer son hégémonie dans le champ psy. Mais KLIpsy reste résolument sur son qui-vive.